De Batman aux Avengers en passant par Horizon, LEGO a depuis longtemps l’habitude des alliances improbables avec des licences empruntées aux quatre coins de la pop culture. Sauf que depuis quelques temps, la firme danoise a envie de construire son propre catalogue de jeux et asseoir sa présence sur consoles et PC. Rien qu’en 2025, la marque a sorti deux jeux originaux LEGO Voyagers et LEGO Party, un jeu coopératif et un party game, qui semblent dessiner sa nouvelle philosophie en matière de jeux vidéo : sortir de sa zone de confort. Alors quand le fabricant de briques annonce LEGO Skylines, un city builder s’il vous plaît, à la Gamescom, on se dit presque « bah oui, évidemment, fallait juste y penser », tant cela relève presque de l’évidence.
Depuis plus de 94 ans, petits et grands raffolent des LEGO, brique après brique, dans ce qui reste aujourd’hui encore l’un des plus beaux terrains d’expression de la créativité. Alors lorsque la marque annonce un partenariat avec Paradox Interactive, fleuron des jeux de gestion, et leur filiale Iceflake Studios, à qui les clés de Cities Skylines 2 ont été confiées (LA référence du genre), on se demanderait presque pourquoi LEGO Skylines n’a pas vu le jour plus tôt. L’idée a de quoi faire naître un grand sourire résolument enfantin sur le visage, comme un gamin devant sa boîte à Noël. Il s’agira en effet de construire sa propre mégapole en plastique coloré, en veillant aux besoins des habitants aussi excentriques qu’attachants, le tout dans une ambiance volontairement relaxante. Un terrain de jeu grandeur nature, sans en mettre partout dans le salon ou perdre des sachets sous le canapé, que nous avons pu essayer pendant un peu moins d’une heure lors de la Gamescom 2026. Et si le charme opère dès les premières briques assemblées, c’est finalement le manque de véritable construction, propre à l’ADN LEGO, qui pourrait faire défaut à un jeu pourtant des plus prometteurs.
Les joueurs de Cities Skylines comme à la maison ?

Avant d’enfiler sa casquette de maire, il convient de choisir son avatar parmi une sélection absurde dans la tradition des LEGO, allant de l’homme d’affaires, au pingouin en passant par un chevalier. Je vous laisse deviner lequel j’ai pris. Passée une petite cinématique d’intro, notre personnage récupère les clés du quartier avec toute une liste de missions à accomplir pour une famille, puis leurs futurs voisins. Car sous ses briques colorées et le sourire candide de ses personnages au sourire jaune poussin, LEGO Skylines demeure un city-builder des plus classiques, qui cherche avant tout l’équilibre entre accessibilité et complexité. Les fondamentaux du genre reviennent donc dans une version édulcorée pensée pour accueillir un public moins coutumier de l’exercice.
D’une modeste parcelle avec une famille excentrique, on finira par construire la ville de ses rêves en composant avec les routes, les transports, l’eau, l’électricité, l’alimentation, la criminalité et bien sûr les besoins des habitants. Pour cette première présentation, Paradox a surtout souhaité nous immerger dans l’ambiance résolument cosy de LEGO Skylines. Le jeu a immédiatement tout d’un titre relaxant et côté sound design, Iceflake Studios assure. Les petits bruitages quand les briques s’empilent, les clics satisfaisants, les douces musiques relaxantes, cette nouvelle proposition parvient sans peine à nous plonger dans une petite bulle de réconfort dont on n’avait pas forcément envie de sortir.
On enchaîne alors les constructions des maisons avec aisance. On commence avec un premier quartier, suffisamment de distractions aux alentours, des lieux de travail (car non, même les LEGO n’échappent pas au capitalisme) et de nouveaux outils ainsi que des bâtiments qui se débloquent à mesure de notre avancée. Et, progressivement, sans jamais acculer le joueur pendant cette première prise en main, LEGO Skylines gagne gentiment en complexité, laissant peu à peu ses vrais réflexes de city-builder transparaître. Les lieux de travail produisent des ressources utiles à la gestion de la ville, les commerces permettent de taxer allègrement ses concitoyens, la ferme nourrit tout ce petit monde et ainsi de suite.
Un gameplay simplifié mais qui conserve une certaine profondeur

La gestion des besoins des citoyens sera naturellement au cœur de l’expérience. Chacun aura des lubies différentes et souhaitera par exemple une maison entourée de bâtiments ou décorations spécifiques, classés dans des catégories allant du « traditionnel », à « l’amusant », comme au « luxe » ou au « moderne ». Un habitant heureux est, par définition, un habitant qui paie plus de taxes sans sourciller, permettant de débloquer encore plus d’infrastructures, notamment grâce au système de « Milestone ». Chaque requête accomplie, chaque bâtiment érigé et, globalement, chaque action bénéfique pour votre ville rapporte de l’expérience, ouvrant la voie à encore plus de possibilités de construction et de gameplay. Fidèle à son esprit cosy, LEGO Skylines devrait donc être un jeu qui prend son temps, qui laisse à chacun le temps d’apprivoiser ses mécaniques à son rythme.
Parce qu’un simple coup d'œil à une partie de fin de jeu, lorsque le niveau maximal est atteint, suffit pourtant à donner le tournis. La ville s’étale sur plusieurs kilomètres (le terrain de jeu est très grand !), avec ses ponts, ses quartiers côtiers, son centre-ville saturé d’immeubles, faisant vite oublier nos petites fermes modestes du début. LEGO Skylines édulcore peut-être les bases du genre, il n’en promet pas moins une profondeur de gameplay que l’on est en droit d’attendre d’un jeu estampillé Paradox, les interfaces gagnent en simplicité et les menus en intuitivité pour rester accessibles aux amateurs de LEGO les plus curieux, mais pas forcément rompus au genre. L’éducation, la propreté ou encore la sécurité viendront progressivement enrichir un tableau déjà séduisant, avec leurs lots de catastrophes potentielles, mais là encore minimisées. Un incendie a vite fait de se déclarer dans un quartier mal entretenu, mais il sera facile de l'éteindre. Si nous n’avons pas pu jouer en profondeur sur une partie avancée, tout porte à croire que LEGO Skylines devrait bien tenir ses promesses en matière de gameplay.
Une personnalisation qui pourrait décevoir les amoureux de LEGO

C’est plutôt du côté créatif que le jeu pourrait peut-être décevoir les plus exigeants. N’allez pas imaginer construire, personnaliser et décorer entièrement vos bâtiments comme dans Les Sims ou un Planet Zoo, non non. LEGO Skylines nous propose en réalité de piocher dans des sets préfabriqués, certains tout droit sortis du catalogue de la marque danoise, dont on peut changer les couleurs et décorer l’extérieur. Les vétérans de Cities Skylines ne seront pas surpris, les néophytes eux pourraient se retrouver face à un mur. On aurait préféré avoir la main sur plus de détails, mais c’est avant tout la ville en elle-même que l’on pourra façonner à notre façon.
On imagine sans mal les plus créatifs recréer les lieux emblématiques avec les outils à disposition ou proposer des créations originales à se damner. Mais il y a quelque chose de franchement chaleureux et réconfortant à regarder nos bonhommes partir au travail dans leurs mini voitures, saluer leurs voisins, aller chercher le journal, nettoyer leurs allées ou son maire déambuler tranquillement dans notre laboratoire créatif. Reste à voir jusqu’où Paradox poussera réellement le curseur de la personnalisation et du gameplay, mais LEGO Skylines semble bien parti pour devenir LE jeu de construction de ville universel, capable de charmer aussi bien les néophytes que les maires aguerris à la recherche d’une expérience un peu plus rafraîchissante.
LEGO Skylines, la future nouvelle référence des city-builders ?
LEGO Skylines ne sera pas la révolution du city-builder et il n’a nullement la prétention de l’être. Il suffit de quelques minutes en compagnie du jeu pour confirmer que ce premier mariage entre la firme danoise et Paradox est une évidence et il en est presque criminel que le jeu n’ait pas existé avant. Avec ses animations dans la pure tradition des LEGO, ses musiques relaxantes et sa boucle de gameplay simplifiée mais toujours profonde, LEGO Skylines a tout du jeu parfait pour les débutants et d’une expérience douillette pour les joueurs chevronnés. Il y a quelque chose de profondément réconfortant à regarder sa ville prendre vie sous yeux et on imagine déjà les folies qu’il engendrera entre les mains de joueurs créatifs. C'est bien un petit rêve de gosses, un terrain de jeu immense sans en mettre partout dans son salon et avec un potentiel monstre, surtout avec les collaborations et un catalogue d’objets qui pourrait grandir au fil des années. Il est juste dommage que l'ADN LEGO ne soit pas poussé plus loin, notamment en laissant notre créativité s'exprimer pour la construction des bâtiments.